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LE
BANDIT
ESKIYA
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Turquie-France-Bulgarie
1996 / 35mm /
Couleur /121 min
scénario
: Yavuz Turgul
photo : Ugur Içbak
son : Yunus Açar
montage : Hakan Akol
musique : Erkan Ogur
avec
Sener Sen
Ügur Yücel
Sermin Sen
Yeçim Salkim
production : Filma-Cass, Mine Vargi,
co-produit par : Artcam, Eliane Stutterheim et Joel Farges,
Geopoly, Pavlina Jeleva et Gueorghui Tcholakov
avec le soutien de EURIMAGES
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Baran
le bandit, vengeur des pauvres, après avoir passé
35 ans en prison, rejoint Istanbul pour retrouver son amour
perdu. Il est alors plongé dans un univers qui lui est
totalement étranger. Le code d'honneur des bandits n'est
plus ce qu'il était.
| Baran était
encore jeune lorsqu'il fut incarcéré. La police
l'avait capturé avec une bande de hors-la-loi qui
sévissaient dans les montagnes de Cudi. En prison,
ils sont tous morts de différentes maladies ou à
la suite de règlements de comptes. Tous, sauf un,
Baran le bandit. En sortant de prison, Baran retourne tout
d'abord dans son village natal, noyé sous les eaux
d'un barrage. Le voilà enfin libre, après
avoir payé sa dette, mais seul, dans un monde où
tout lui est devenu étranger. |
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Mais
le milieu des bandits d'honneur dont il fait partie a ses
propres règles et l'une d'elles le conduit à
rechercher celui qui l'a dénoncé. Baran apprend
que le traître n'est autre que son meilleur ami, Berfo.
Celui-ci, après avoir monté son arrestation
et volé son or, s'est enfui à Istanbul avec
Keje, l'élue de son coeur. Décidé à
la retrouver, il part pour la capitale... |
| Dans
le train, il rencontre Cumali, un jeune homme qui a grandi
dans les bas-fonds de la ville. Par naïveté,
paternalisme et guidé par le code d'honneur des hors-la-loi,
il l'aide à échapper à la police. Le
bandit entreprend donc une quête d'amour et de vengeance
dans l'immensité d'un monde qu'il ne reconnaît
plus. |
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Cumali,
lui, a les noires ambitions d'un jeune bandit qui n'a rien
à perdre.
Dès lors, les deux hommes vont chacun à leur
manière se protéger mutuellement et tenter
par tous les moyens de survivre dans un univers de trahison,
d'amour et de haine... |
LA
DECADENCE ET LA REVOLTE
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Les
films turcs constituent un miroir de l'histoire de la société
de ce pays. Même lorsque le film ne parle pas directement
de l'histoire de la société turque, il n'en
est pas moins imprégné de l'alchimie sociologique
de son contexte historique de production. Il est en effet
impossible de mettre en valeur le film de Yavuz Turgul "Le
Bandit" (Eskiya) sans se référer à
la situation historique de la société turque.
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Le film
"Le Bandit" (Eskiya) est une oeuvre qui a une dimension
et une ambition plus forte encore. Il parle du destin de héros,
ou plutôt de personnages dont la rencontre renvoie à
une géographie et une évolution sociologique qui
s'étend de l'Est à l'Ouest de l'Anatolie. "Le
Bandit" (Eskiya) parle lui aussi de la décadence
des valeurs et du tissus social de la Turquie. Cette fois pourtant,
le héros principal, Eskiya le bandit au grand coeur,
est un personnage qui n'accepte pas son destin et s'inscrit
dans le mouvement d'une révolte individuelle !... Depuis
toujours, il a privilégié l'amour et la justice
et il s'est retrouvé en prison parce qu'il avait fait
ce qu'il pensait devoir faire, il ne s'est pas pour autant abandonné
aux compromis qui font le lit de la décadence du tissus
social. C'est un héros à moitié mythique
qui refuse les compromis portant atteinte au sens de la droiture
pour privilégier cynisme et opportunisme.
Ce n'est donc pas par hasard que ce film pulvérise les
records d'audience (3 millions) en Turquie et en Allemagne (plus
de 250 000) car il exprime une réaction forte et violente
aux démissions qui ébranlent les valeurs de solidarité
et de droiture humaine jusque là en place et qui accompagnent
l'évolution rapide et chaotique de la société
turque.
A l'univers impitoyable d'une ville moloch il oppose la revendication
d'une ville humaine où l'amour reste possible. Plutôt
que de s'adapter à une époque où, par grappes
humaines entières, les gens quittent les montagnes à
l'air pur pour s'entasser dans de grandes villes, Eskiya le
bandit a choisi la voie de la révolte pour défendre
et privilégier les valeurs qui servent l'amour, l'honneur
et le respect. Cette attitude désespérée
dont on sait qu'elle a peu de chance d'aboutir est précisemment
de nature à attirer l'attention et l'adhésion
du spectateur.
D'ailleurs l'itinéraire de Eskiya se terminera par la
mort, mais une mort héroïque qui signifie le refus
d'une vie urbaine tissée uniquement de compromis. Cette
mort est le seul moyen d'exprimer un tel refus. C'est une mort
forte en forme d'explosion, à l'image de ces "amoureux
de la vie à en mourir" dont a parlé Aragon et
qu'a chantés Léo Ferré.
L'explosion finale dans le film, au moment où Eskiya
saute du toit dans le ciel illuminé par le feu d'artifice,
exprime ce sentiment là. La mort du bandit apparaît
bien plus, non pas comme une défaite, mais comme le dernier
acte d'une révolte et peut-être même d'une
victoire à venir.
Cette fin revendique d'une certaine manière la perspective
d'une possibilité de dépassement. Elle incarne
une critique, un défi et la volonté de surmonter
les compromissions qui défigurent la Turquie. Elle remplit
ainsi, à l'évidence, vis à vis du spectateur
turc, une fonction de catharsis s'il on veut bien prendre en
considération l'immense succès public du film.
Le film apparaît comme une autocritique et une tentative
de dépassement d'une société en proie au
tourbillon de mutations multiples.
Mustafa
Kesret, Odyssee Strasbourg
Critique
du film
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