LE
SORT DE L'AMERIQUE
un film de Jacques Godbout
90'
1996 Coul. QUEBEC 35mm visa n°92074
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Le
13 septembre 1759 s'est joué,
en vingt minutes, le sort de l'Amérique.
Maintenant,
c'est à Hollywood que les histoires se racontent
et que l'Histoire s'écrit !
recherche
et scénario : Jacques Godbout,
René-Daniel Dubois, Philippe Falardeau, Louise
Leroux,
image : Jean-Pierre Lachapelle,
son : Richard Besse,
montage : Monique Fortier,
mixage : Shelley Craig,
musique originale : François Dompierre,
montage son : André Chaput,
production : Éric Michel,
distribution : K.films
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La bataille des plaines d'Abraham, depuis ce matin-là,
hante l'esprit des Canadiens, nourrit les discours patriotiques
et réveille la nuit les politiciens endormis. Que s'est-il
passé le 13 septembre 1759 ? Les Canadiens ont-ils été
vaincus, conquis ou abandonnés ? Tout pays est fondé
sur un mythe. Le Canada est né de cette guerre entre
la France et l'Angleterre où les deux généraux
qui s'affrontaient, le marquis de Montcalm et James Wolfe, sont
morts de leurs blessures. La bataille de Québec eut comme
conséquences la minorisation des francophones, la Révolution
américaine et fit de l'anglais la langue du Nouveau Monde
avant de s'imposer à l'univers.
Un
film sur l'histoire n'est pas nécessairement une reconstitution
historique. Tantôt ironique, tantôt émouvant,
parfois drôle, Le Sort de l'Amérique est le récit
de la rencontre entre René-Daniel Dubois, dramaturge,
qui doit scénariser la bataille de 1759 pour un producteur
américain, et Jacques Godbout, documentariste, qui veut
justement aborder le même sujet. Voilà les deux
compères partis à la recherche de la Vérité
historique qui se cache, comme on le sait, derrière des
points de vue.
Film
libre et provocant, Le Sort de l'Amérique commence par
une visite aux descendants officiels des généraux
morts en 1759. L'un vit à Londres, l'autre dans le sud
de la France. L'un est royaliste sous la république,
l'autre vit en monarchie qu'il conteste. Deuxième acte
: Québec, la bataille, les stratégies militaires,
les blessures, les enjeux. ll faut se rappeler que les morts
avaient vingt ans et n'allaient pas à la guerre de gaieté
de coeur. Troisième acte : où étaient les
Canadiens dans cette histoire ? Faut-il s'inventer des traîtres
ou des héros ? Un film nécessaire sur une guerre
qui n'est pas près de se terminer.
Le
Sort de l'Amérique nous transporte de part et d'autre
de l'Atlantique pour poser un regard éclairé et
volontairement critique sur 1759, la date la plus importante
de l'histoire canadienne. De l'histoire canadienne ou de l'histoire
anglaise ? De l'histoire anglaise ou de l'histoire française
? À chacun sa version.
Une certitude cependant : jamais date n'aura été
plus contemporaine.
UN PEU D'HISTOIRE
Louis
XV règne à Versailles. William Pitt l'ancien est
premier ministre à Londres.
1754 : Début d'une guerre américaine qui oppose
les coloniaux franco-canadiens aux anglo-américains.
A Québec, l'intendant Bigot s'enrichit. La France pratique
un mercantilisme à courte vue. L'Angleterre décide
de s'emparer de l'Amérique et d'anéantir la Nouvelle-France.
1755 : Conquête de l'Acadie et déportation de 7
000 de ses habitants. Deux mille d'entre eux se réfugient
en Nouvelle-France.
1756 : Début de la guerre de Sept Ans. L'Angleterre et
la France s'affrontent dans leurs colonies.
Les troupes européennes qui débarquent en Amérique
donnent aux uns et aux autres un sentiment de puissance qui
précipite les événements. A Québec,
le gouverneur Vaudreuil ne s'entend pas avec le général
Montcalm qui gagne néanmoins quelques batailles au sud.
Londres décide de porter un grand coup.
1759 : Les Anglo-Américains montent vers Montréal,
alors que les Anglais de James Wolfe remontent le Saint-Laurent.
On veut prendre Québec en tenailles.
Juin, juillet, août : Wolfe ne réussit pas à
déloger Montcalm. L'hiver approche, le général
anglais tente le tout pour le tout à l'Anse au Foulon
au matin du 13 septembre. L'attaque surprise sur les plaines
d'Abraham réussit, les Canadiens déposent les
armes, les Français sont vaincus, la Nouvelle-France
anéantie.
"Dans
ce film, l'harmonie entre la forme et le fond tranche au miracle."
Le Monde
"Un document ironique, émouvant et provocant."
Voir
Ce moment où l'Amérique
a cessé de parler français ...
par Emilie Devienne
La
vérité ... Quelle vérité ?
Depuis plus de trente ans qu'il nous livre ses réflexions,
notamment sur les médias et sur la politique, Jacques
Godbout ne manque jamais une occasion de nous confronter à
certaines de nos vérités historiques. Enfin, si
tant est qu'elles puissent exister ? En effet, l'homme est direct
et formel : d'une part, I'histoire est plurielle, d'autre part,
il ne faut jamais confondre vérité et réalité.
"La vérité, c'est en fait le sens que l'on
donne aux choses", dit-il. Un rien provocateur, il ajoute
: "Il faut mentir pour dire la vérité des
choses". Ainsi, dans un documentaire, la sélection
des faits et leur traitement dans le temps sont déjà
une forme d'interprétation de la réalité.
L'histoire ... Quelle histoire ?
"L'histoire, c'est la dimension imaginaire d'un peuple".
Relevée dans le film, cette phrase appelle un commentaire
de la part de son auteur. Jacques Godbout s'explique : "L'histoire
n'est pas une science exacte. C'est un récit nécessaire
pour donner du sens à ce qui arrive à une société".
Il note d'ailleurs qu'aujourd'hui, on ne sait plus quelle histoire
enseigner. "Il y eut I'époque où l'histoire
servait les fins du clergé puis, graduellement, cette
discipline s'est réduite comme une peau de chagrin dans
les programmes scolaires, tant et si bien que par les temps
qui courent, avance-t-il, on n'enseigne plus rien". D'après
lui pourtant, la réponse n'est pas si compliquée
: "il faudrait faire preuve d'ouverture d'esprit. Cela
permettrait d'enseigner non pas l'histoire religieuse, mais
I'histoire DES religions et, I'histoire du Québec et
du Canada en la situant dans I'aventure mondiale". "C'est
l'histoire de l'Occident dans laquelle se trouve la nôtre",
insiste-t-il. Dans Le Sort de I'Amérique, il a voulu
démystifier 1759 et l'influence de ce tournant historique
sur l'inconscient des Québécois. En filigrane,
le parallèle s'établit ainsi entre 1759 et la
rupture politique actuelle.
L'idée du film
Parlant d'histoire, quelles sont donc les origines du film ?
Au début, Jacques Godbout voulait réaliser un
documentaire sur l'histoire de la langue française. Le
projet était d'une telle envergure qu'il a dû se
consacrer à un des moments déterminants de cette
évolution. Il a donc choisi de s'arrêter sur 1759,
quand l'Amérique a cessé de parler français."
Le film est apparu au fur et à mesure que nous le faisions.
La conversation de la veille décidait du lendemain".
Sur un plan plus personnel, Jacques Godbout confie que ce film
est un peu comme la poursuite d'une longue conversation avec
son père. "Décédé voilà
trois ans, Monsieur Godbout était, du propre avis de
son fils, un libéral anglophile". Cependant, comme
le rappelle son fils, il n'oubliait pas pour autant le sort
que les Anglais faisaient subir aux villages canadiens.
L'avenir ... Quel avenir ?
Si Le Sort de l'Amérique est un peu une histoire de famille
sur le plan collectif comme sur le plan personnel, disons que
le film est aussi une sorte de testament cinématographique
pour son réalisateur. En effet, celui qui a signé
une trentaine de films à l'ONF, dont quatre longs métrages
de fiction, quitte l'institution. Une institution dont il déplore
qu'elle doive accepter une logique commerciale et des diktats
économiques plutôt que de valoriser sa différence.
Dans cette ligne de pensée, il ne cache pas non plus
son pessimisme quant à l'avenir de ce qu'il définit
comme une certaine forme de cinéma au Québec.
Toutefois, pour sa part, il admet volontiers qu'une bonne étoile
a presque toujours scintillé au-dessus de sa carrière.
Il se plaît à souligner sa chance d'avoir pu à
l'ONF poursuivre des chimères comme il le faisait aussi
en littérature. Il relève d'ailleurs que ces deux
modes d'expression s'enrichissent mutuellement. Un exemple ?
En 1964, la sortie de son moyen métrage documentaire
"A Saint-Henri, le cinq septembre" lui a valu un Libelle.
Or un groupe de garçons s'est constitué pour prendre
sa défense et l'a rencontré. Et bien, c'est I'un
d'eux qui lui a inspiré "Salut Galarneau !",
un roman publié trois ans plus tard et qui lui a permis
de recevoir le Prix du Gouverneur général. Quant
à son avenir post-ONF, Jacques Godbout préfère
rester évasif. S'il est discipliné quand il écrit
un scénario ou un livre, il tient à se réserver
de longs moments d'errance intellectuelle entre ces intenses
moments de production. Nous continuerons donc de suivre ses
réflexions sur papier ou sur grand écran, mais
comme il le dit : "Si on me demandait de dire d'avance
ce que je vais faire, je ne le ferais pas !" Ce serait
dommage !
L'EQUIPE DU FILM
RENE-DANIEL
DUBOIS, dramaturge, homme de lettre et polémiste. En
plus d'écrire pour le cinéma, la TV et la radio,
il a fait plusieurs mises en scène et a joué lui-même.
Depuis 88, il a consacré beaucoup d'énergie à
des combats politiques liés à la place de l'art
et de la culture dans la société.
PHILIPPE FALLARDEAU, né en 68, études de sciences
politiques. Devenu connu grâce à ses performances
dans une émission TV très populaire Course destination
monde» de Radio-Canada qui l'a fait plonger dans l'audiovisuel.
ERIC MICHEL, le producteur, JEAN PIERRE LACHAPELLE, le caméraman,
RICHARD BESSE, ingénieur du son et MONIQUE FORTIER, la
monteuse font partie depuis très longtemps de la bande
à Godbout, mais sont à part cela des techniciens
très côtés au Québec.