L'ARGENT FAIT LE BONHEUR
un film de Robert GUEDIGUIAN

 

EXTRAIT DU SCENARIO

La cité est étrangement calme. Les quatre vieux du début, ivres, s'étonnent de ce calme.
On entend, venant d'on ne sait où, un orgue de barbarie. Les quatre vieux se regardent puis, formant deux couples, ils se mettent à danser.
Simona Viali et le curé marchent dans la cité. Elle semble très en colère.

Simona Viali : Comment vous pouvez supporter de vivre ici, entouré d'ânes comme nous ?

Le curé hésite.

Le curé : Les ânes, ça m'intéresse pas. Je suis pas le curé des ânes.

Un temps.

Je suis le curé..., Vous savez, Simona, je ne crois pas aux Saints comme les définit l'Eglise. Je crois aux hommes... Je crois aux hommes qui vivent pour les autres hommes, pour les faibles, les désarmés, les délaissés, les minoritaires... Je suis du parti de ceux que tout le monde oublie ou renie, que personne ne défend, ni ne plaint. Les forts n'ont besoin de personne, ils se défendent tous seuls et parfois, heureusement on pourrait dire, ils se dévorent les uns et les autres. Eux ont les milliards, l'argent va aux riches, la chance aux heureux, les honneurs aux hommes déjà importants. C'est l'importance qui rend important.

Un temps.

Voilà... Je crois que ma tâche est de dénoncer. Je crois que la morale... Je crois que la religion est là pour fortifier les faibles et affaiblir les forts, pour faire contrepoids. Il ne faut pas toujours rendre à César, mais prendre à César ce qui appartient à César.

Un temps.

Voilà... Je voudrais être un contrepoids. Je voudrais détourner les fourgons blindés bourrés de fric et venir déverser toute cette oseille ici. Je ne me trompe pas, les ânes, ça aime l'oseille, non ?

Simona Viali n'a pas cessé de le regarder, émue. Le curé est troublé par ce regard. Ils se sourient.

 

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