DIEU
VOMIT LES TIEDES
un film de Robert
GUEDIGUIAN
COMMENTAIRE
Il fut un temps où
le prolétariat s'affichait ; la bourgeoisie, elle, ne
se nommait pas, elle avait honte.
Des enfants regardaient
passer d'énormes bateaux dans lesquels leurs pères
mourraient. Le vacarme d'un pont tournant, sous lequel ils grandissaient,
évoquait le bruit d'une explosion dans la salle des machines.
Ils porteront des
bleus de chine comme leurs pères, s'instruiront et forgeront
ainsi les armes de leur vengeance.
Ces sentiments leurs
appartenaient en propre. Ils avaient un domaine, une éducation,
une raison d'agir pour perpétuer leur race ; bref ils
concevaient leur origine comme un privilège.
EXTRAIT
DU SCENARIO
FRANCE 1965
Le soleil se couche
sur un immense décor industriel. Au milieu de grues,
de pétroliers, de wagons, un pont métallique enjambe
le chenal qui relie l'étang de Berre à la Méditerranée.
Ce pont tourne afin de laisser passer les bateaux trop importants.
Trois garçons
et une fille (un "garçon manqué"), d'environ
10-12 ans pénètrent dans l'un des piliers en pierre
qui soutiennent le pont. Un gros chien bâtard les accompagne.
Un des garçons porte des lunettes.
A l'intérieur
du pilier, ils s'assoient autour d'une bougie qui les éclaire
faiblement. Ils ont l'air de comploter.
Cochise : (lisant
un texte)
"Nous, fils d'ouvriers,
jurons de nous battre jusqu'à la mort et quoi qu'il arrive
pour que vienne un jour où tout le monde sera pareil,
pour que le capitalisme crève. Si l'un de nous trahissait
ce serment, les autres ne lui parleraient plus jamais."
Il s'interrompt et
regarde les autres qui n'ont pas l'air convaincu.
Cochise
: Qu'est-ce qu'i'a ?
Tirelire : Je ne suis
pas fils d'ouvrier. Mon père est pêcheur, et, en
plus, je suis une fille.
Quatre-Oeil : Elle
a raison.
Frisé : Bon,
mettons fils de pauvres, mais pas fille.
Tirelire : pourquoi
pas fille ?
Frisé : Ca
allonge trop.
Cochise
fait des rectifications sur le texte avec agacement.
Quatre-oeil
: Tout le monde sera pareil, ça veut dire tout le monde
sera pauvre ?
Frisé : y'a
qu'à mettre, tout le monde sera riche.
Cochise (explosant)
: Merde ! Je peux
pas voir les riches ; c'est des capitalistes.
Quatre-oeil : Oui,
mais si tout le monde était riche, ce serait bien mieux
que si tout le monde était pauvre.
Cochise : Bon, je
vous lis ce que ça donne : "Nous, fils de pauvres,
jurons de nous battre jusqu'à la mort et quoi qu'il arrive,
pour que vienne un jour où tout le monde sera riche,
sans être capitaliste. Si l'un de nous trahissait ce serment,
les autres ne lui parleraient plus jamais"... Ca vous va
?
Tirelire : A peu près.
Cochise : (écrivant)
signé : Cochise,
Tirelire, Frisé, Quatre-oeil.
Frisé : (Sortant
une lame Gilette de sa poche)
Il faut
signer avec du sang.
Il se taille le pouce
et pose une goutte de sang sous son nom. Les autres l'imitent.
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