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DE
TARZAN par Sandrine VERNET et Klaus GERKE
Dans la vie je te trouve plutôt optimiste, bon vivant. Je me demande pourquoi les personnages de tes films sont souvent désespérés, ils sont à un moment de constat dans leur vie et se place dans une situation d'échec.
Souvent mais pas toujours. Est-ce que d'après toi, il y a un thème commun à tous tes films ? Je
crois... Cela tient du rapport à mon enfance. J'ai
eu une enfance que je dois probablement idéaliser
mais qui était extraordinaire. Je suis né
dans une tribu structurante, réconfortante, affective,
d'une cohésion très forte. Ces amis d'enfance
ont maintenu leurs liens dans l'adolescence par la pratique
politique commune(révolutionnaire, communiste). Et la manière dont tu traites d'un groupe dépend de quoi ? De
la forme dans laquelle je suis au moment où je fais
le film. Non, j'exagère. Cela dépend de la
conscience que j'ai de ce qu'il faut dire ou faire. Pour
Ki lo sa ?, j'allais
très mal et ce film est très marqué
par la désillusion des années 80. Les socialistes
français n'ont pas été socialistes
une seconde ; ils n'ont fait qu'accompagner le développement
"naturel" du capitalisme. Je vais dire une chose terrible
: Je trouve que le suicide de Bérégovoy est
un geste admirable, qui force au respect de l'humanité.
Est-ce que tu vas continuer dans ce sens ? Oui. Ce que j'écris en ce moment relève de la même problématique. Je montre un groupe d'hommes et de femmes perdus, avec la particularité que, dans la situation désastreuse dans laquelle ils sont, ils demeurent généreux. Je crois qu'aujourd'hui, il faut montrer des choses positives, des petits bouts de solution, des révoltes possibles. Je pense que c'est nécessaire aujourd'hui, d'encourager les faibles, de leur montrer leur force. J'ai trouvé de ce point de vue, le film de Ken Loach remarquable. Est-ce que tu te sens un peu moraliste comme Rohmer ? J'aime
sa cohérence par rapport à l'économie
du cinéma. Son dernier film est un film de "circonstance"
comme on disait de la poésie de circonstance. C'est
une intervention rapide dans le monde actuel... Et bien
sûr c'est un film peu cher, très libre, qui
se moque de toute contrainte technique... C'est souvent
les vieux qui sont les plus audacieux. Tu ressembles au personnage de Cochise dans "Dieu vomit les tièdes" ? Oui,
dans Dieu vomit les tièdes
le personnage qui revient incarne le refus de se situer
dans des compromis permanents, d'être tiède. Quelle place laisses-tu à l'improvisation lors du tournage ?
Il n'y a aucune improvisation, pour se moquer de moi, les
acteurs disent que mon scénario c'est la Bible! Parce
que tout est écrit à la virgule près.
Quelle est l'importance des répétitions ? Je
fais très peu de répétitions, j'en
ai un peu peur. Quand tu écris un scénario, est-ce qu'il y a quelque chose qui t'intéresse davantage, à savoir l'histoire ou les personnages, le ton, l'atmosphère ? Est-ce que tu écris par rapport à tes acteurs ? Je
vais dire la "morale" du film. Il y a quand même une unité dans tous tes films, les personnages retrouvent les mêmes caractéristiques au cours des films...
Ce que tu soulignes nous amène à parler des
acteurs en général. Je pense que les acteurs
sont des auteurs et qu'ils écrivent, qu'ils jouent
avec leur histoire, avec ce qu'ils sont. J'aimerais connaître la liaison que tu établis entre tes idées révolutionnaires et l'église ?
Révolutionnaire renvoie pour moi à un rapport
au monde, à un rapport d'intelligence et d'action
sur le monde, pour l'améliorer. Est-ce que tu t'identifies à tes personnages, est-ce que certains personnages sont plus proches de toi ? Non, aucun. Je pense que je pourrais être tous les personnages de mes films. Je me sens proche de tous. Je n'ai jamais pu travailler sur un personnage que je n'aimais pas. Il n'y a aucun personnage auquel je prête des propos que je ne pourrais assumer. Dans L'argent fait le bonheur le curé tient un discours qui est le mien, c'est en quelque sorte une prise de parole directe. J'aimerais que tu me parles du choix des extraits de scénarios, celui de "KI LO SA ?" par exemple. Pourquoi ce texte de René Char ? C'est
une façon de rendre hommage à René
Char et parce qu'il traduit exactement l'état dans
lequel j'étais en faisant ce film "où en suis-je
aujourd'hui ?" Et pour "DIEU VOMIT LES TIEDES" ?
Le serment est l'idée originelle à honorer.
De plus ce serment renvoie à une séquence
avec des enfants, toujours présents dans mes films.
Dans Rouge Midi,
la séquence est plus naturaliste. Que représentait le cinéma dans ton enfance ? De quels films as-tu gardé le souvenir dans tes premières expériences cinématographiques ? Je
ne supporte pas les cinéastes qui disent qu'à
quatre ans, ils ont vu le "Faust" de Murnau et que ça
les a décidé à devenir cinéaste.
Les premiers films que j'ai vus, c'est "Tarzan" et "Hercule".
Plus tard, je me souviens d'un cycle de deux semaines, alternant
des films de Pasolini et Bunuel. Cela m'a appris d'un seul
coup qu'on pouvait tout exprimer grâce au cinéma. Comment es-tu arrivé au cinéma, qu'est-ce qui t'a poussé à réaliser ton premier film ?
Je voulais et je veux toujours être au service du
milieu dans lequel je suis né. Du côté
des pauvres. As-tu songé à être l'acteur d'un de tes films ? A jouer l'un de tes personnages ? Je
crois que tous les gens qui font des films ont envie d'être
acteur. Quelle est la tonalité de ton prochain film ?
En vieillissant, je crois que j'ai plus d'humour. Pourquoi "cinéaste de quartier" ? C'est
un terme qui a un sens en France seulement; Longtemps les
cinémas se sont appelés ainsi. Penses-tu que nous sommes manipulés par le pouvoir, les médias ?
Tout pouvoir supporte mal les différences. Par exemple,
le fascisme italien supportait mal l'existence des régions.
Il faisait un barrage sur les dialectes régionaux. Travailles-tu toujours en collaboration sur l'écriture de tes scénarios ? Je n'aime pas écrire seul, j'ai besoin de cette collaboration pour avancer. C'est toujours cette idée de tribu, de faire les choses ensemble avec des amis. Ceci dit, cela fait plusieurs fois que j'écris avec Jean louis Milesi. Je crois que nous avons des affinités particulières. Comment travailles-tu avec tes comédiens ? Je ne crois pas être directif. On dirige les mauvais acteurs ; on ne dirige pas les bons acteurs, on les fait aller dans la même direction, on fait en sorte que leur univers soit cohérent avec celui du film. As-tu déjà pensé à faire du théâtre ? Non,
je crois que l'idée des répétitions
que je n'aime déjà guère au cinéma
m'ennuierait énormément. C'est un espace que
je cerne mal, je ne parviens pas à concevoir un décor,
une scénographie. Si tu ne faisais pas du cinéma que ferais-tu ?
Ecrire sans doute. Encore que le cinéma c'est déjà
écrire mais ce n'est pas la même solitude que
celle de l'écrivain...
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