|
ROUGE
MIDI
POUR L'ANECDOTE En 1920,
Maggiorina, partie du fin fond de la Calabre, arrive dans un
quartier de Marseille où Jérôme et Mindou,
deux amis, se disputent le titre du meilleur nageur.
POUR LE POINT DE VUE Sauveur
sait ses repères. Il les sait d'autant qu'ils ont disparus.
Et comme il ne veut pas oublier, il va nous en parler. Pour
cela il lui faut raconter l'histoire des deux générations
qui l'ont précédé. Dans le détail
ce serait trop long ; du point de vue de l'Histoire trop général.
EXTRAIT DU SCENARIO C'est le soir. Dans une cuisine, Maggiorina, agenouillée sur une chaise, nettoie quelques plats dans l'évier de pierre. A côté d'elle, près de la fenêtre, sa mère coud. Salvatore et Guido, assis à table, jouent avec une balle en papier froissé. Outre la table, la cuisine ne comporte qu'un bahut, quelques chaises et une cuisinière à charbon. L'absence de toute décoration témoigne de leur récente arrivée. La mère : Arrêtez avec cette balle, votre père va arriver. Ils arrêtent de jouer. Guido se lève et s'approche de l'autre fenêtre, à l'opposé de l'évier. Il regarde à l'extérieur. La porte s'ouvre ; le père entre, sans rien dire. Il sort de son sac des bananes qu'il pose sur la table. Le
père (ôtant son chapeau) : C'est des fruits...
J'en ai déchargé un bateau tout entier aujourd'hui.
Le père s'approche de l'évier. La mère : Tournez-vous. Maggiorina
s'assied à côté de Salvatore. Tous deux
tournent le dos à leur père. Guido est toujours
contemplatif, le front appuyé contre la vitre. Pendant
que le père, torse nu, se lave, la mère s'assied
face aux enfants et examine une banane sous toutes les coutures.
Elle la coupe en trois parts, en garde une et donne les autres
à Maggiorina et à Salvatore. La mère (faisant une moue écoeurée) : Bah ! C'est ça les fruits français ! Le père se retourne et esquisse un sourire -chose rare. Mettant sa chemise, il va prendre une banane. Il l'épluche et la tend à sa femme. Le père : C'est comme ça que ça se mange... Ca s'appelle des bananes. La
mère (refusant le fruit) : Je prèfère les
fruits de chez nous. Il s'assied et invite Salvatore, d'un geste, à s'approcher de lui. Maggorina et sa mère mettent le couvert. Le père (sentencieux) : Ecoute moi... Tu es un homme maintenant... Tu es fort... Tu as déjà un peu de barbe, dès demain tu viens travailler sur les quais avec moi. Salvatore hoche la tête, l'air responsable. Le père se tourne vers Guido, qui compte sur ses doigts, toujours à la fenêtre. Le père : Toi, au contraire, tu es une vraie fille, toujours à rêver... Qu'est-ce-que tu regardes ? Guido regarde dans la nuit noire quelques points lumineux regroupés. Guido
(naïf) : Le village là-bas. Il est pas plus grand
que le nôtre. Il y a quatorze fenêtres. Guido, résigné, vient à table. |