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D'INFORMATION SUR LE FILM
LES RUINES DU FUTUR "L'abîme de l'histoire est assez grand pour tout le monde", prétendait Paul Valéry. Après le drame de la capsule Apollo 13, l'explosion en vol de la navette Challenger, la station MIR illustre à son tour, l'accident général de l'aventure spatiale. Aux yeux de tous, l'espace circumterrestre devient enfin ce qu'il était effectivement depuis trente ans : une poubelle cosmique, la décharge où s'entassent les déchets astronautiques. Mais avant d'enchaîner au cours de l'année 1997, la longue série de ses pannes et autres défaillances techniques, cette station Titanic avait inauguré dès 1991, avec la mission soviétique OZON, un autre type d'accident spécifique : l'accident du temps, de ces temps successifs dont le documentaire d'Andreï Ujica, "OUT OF THE PRESENT" donne à voir les épisodes successifs. Finalement demeuré en orbite contre son gré pendant dix longs mois, l'un des cosmonautes, Sergeï Krikalev aura anticipé, non seulement l'accélération de l'histoire de son pays, avec l'effondrement de l'Union Soviétique et le retour de la Sainte Russie, mais aussi l'accélération de sa réalité, d'où l'excellence du titre de ce film exotique entre tous. Un "exotisme" non plus tellement de l'espace terrestre, mais du temps : de ce TEMPO historique de l'humanité qui préfigure en cette fin de millénaire, la prochaine mutation géopolique des nations devant le phénomène de COMPRESSION TEMPORELLE des télécommunications. En fait, la station MIR n'est déjà plus qu'un MONUMENT SIDERAL. Ruine cosmique, à l'instar des pyramides, elle accuse désormais son grand âge - 12 ans - Elle se charge de mémoire et laisse apparaitre sa vétusté et le désarroi des hommes qui l'occupent encore, accusés qu'ils sont de tous les maux par le pouvoir orbital de la Cité des Etoiles. A l'inverse du grand rêve intersidéral de WERNER VON BRAUN, illustré par la roue cosmique du film "2001 Odyssée de l'espace", le documentaire d'ANDREÏ UJICA démontre l'extrême misère d'une caste de navigateurs stellaires, héroïsés depuis près d'un demi siècle pour les besoins du complexe militaro-industriel. Avec "OUT OF THE PRESENT", la réalité reprend ses droits et l'ère de la science-fiction politique s'achève. Après la catastrophe de l'Union Soviétique, c'est l'implosion du mythe techno-scientifique de la toute puissance industrielle de l'homme dans l'espace. D'où, actuellement, cette lutte acharnée de la dernière grande puissance mondiale pour préserver MIR, ainsi que le lancement publicitaire sur Internet, et l'opération MARS FATHFINDER, avec son gentil robot, nouveau Mickey Mouse du cosmos. Là aussi, le temps a passé, "l'illusion cosmique" devient dérisoire, comique même, avec les déboires successifs des passagers de ce "vaisseau" rouillé et bientôt démantelé, tel un vieux cargo sidéral. Infiniment plus proche de "Solaris", le film d'ANDREÏ TARKOVSKY que de celle de KUBRICK, la station MIR dévoilée par le document d'Ujica, n'est qu'un autre type de Mausolée de la Place Rouge. A l'exemple de la centrale nucléaire de TCHERNOBYL qui préfaçait la fin de l'Union Soviétique, la ruine prématurée de la station MIR est le signe avant-coureur d'une débacle prochaine du mythe progressiste de la conquête des étoiles par l'humanité, ce COSMISME qui était venu suppléer au déclin du COMMUNISME, à la fin de la décennie 80. Force reste aujourd'hui aux lois de l'astrophysique : le vide sidéral reste le vide et l'actuelle démythification de l'avenir radieux de l'astronautique est probablement plus importante pour l'histoire de nos sociétés que celle du marxisme-léninisme... Paul Virilio in THEATERSCHRIFT
une revue pour les passionnés d'astronomie : eclipse |