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PROPAGANDA
un
film de SINAN ÇETIN
110¹
1999 Coul. VO stf / VO stfa TURQUIE 35mm visa n°99134
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EDITOR
: AYLIN TINEL
PRODUCED
BY : CEMIL ÇETIN ,SINAN ÇETIN
DIRECTOR
OF PHOTOGRAPY : REBEKKA HAAS
ORIGINAL
SONGS BY : SEZEN AKSU
SCREENPLAY
BY : SINAN ÇETIN, GÜLIN TOKAT
COSTUM
DESIGNER : YUDUM YONTAN
SET
DECORATOR : METE YILMAZ, ISMET ERGüN
SOUND
: FRANK DELLE
Cast in Order of Appereance
Rahim
: METIN AKPINAR
Mehdi
: KEMAL SUNAL
Filiz
: MELTEM CUMBUL
Adem
: RAFET EL ROMAN
Mahmut
: ALI SUNAL
Sahane
: MERAL ORHONSAY
Azamet
: NAZMIYE ORAL
LABORATORY
: ARRI MUNCHEN
ALL
SONGS BY : SEZEN AKSU
EXCEPT 'DÜNYA' BY YAVUZ ÇETIN
PERFORMED
BY : YAVUZ ÇETIN
SOUNDTRACK
MUSIC PUBLISHED BY : POLYGRAM
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En
1948, le douanier Mehti doit construire la Frontière
entre la Syrie et la Turquie selon des ordres stricts provenant
de la Capitale, et auxquels il ne peut s'opposer, même
le moindrement. Cependant, cette frontière se trouve
à couper en deux le village où il est né.
Ainsi, absurdement, des amants, des familles, et même
des troupeaux d'animaux vont ètre séparés
dans deux "pays différents" . Même
le seul médecin du village ne peut se rendre soigner
ses patients dans une partie du village devenue "un autre
pays". Ainsi, pour circuler dans ce qui était
le village de tout le monde, il faut désormais un passeport
et se présenter au poste de douane.
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Tiré
d'une histoire vraie, le film n'est pas sans rappeler le Mur de
Berlin, ou encore tous ces endroits dans le monde où une
frontière arbitraire imposé par le Pouvoir Central
a divisé des gens qui vivaient auparavant ensemble sans problème
et sans discrimination.
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PROPAGANDA
traite cependant le sujet avec humour, ce qui constitue la
meilleure arme contre l'aberration. (Le film est actuellement
le plus grand succès du cinéma turc, battant
le record d'un autre film turc, "ESKIYA, LE BANDIT ", que
nous avons sorti en salle.)
PROPAGANDA
est aussi un grand succès en Turquie (1.225.000 spectateurs).
Le film vient de sortir en Allemagne avec là encore
un succès aussi bien critique que publique (34 copies
en première semaine, 117286 entrées en deux
semaines, distribué par Warner Bros).
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Les
passeports
sont
contraires à la mondialisation
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Le
film "Propaganda" renvoie à une situation réelle.
De part et d'autre de la frontière entre la Turquie
et la Syrie vivent, dans les villages, des parents appartenant
à la même famille. Pendant très longtemps,
ne serait-ce que pendant les fêtes, ces personnes séparées
par le tracé des frontières n'ont pas eu la
possibilité de traverser sans visa ou passeport, ou
même, de se rencontrer dans une zone de no man's land.
Cela était dû à des difficultés
bureaucratiques et administratives, notamment celles développées
par les autorités syriennes. Ces derniers temps, cette
situation est devenue un événement médiatique
dont s'inspire précisément le film. (ndlr :
le film s'inspire aussi du douanier Çetin, le père
du réalisateur).
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Cependant
"Propaganda" ne se résume pas à la situation
géographique particulière mais interroge, sur
un mode attrayant, les notions d'état , de frontière,
de nationalité et de citoyenneté. C'est probablement
la clé du succès de ce film.
L'action
se déroule à l'époque de la construction
de la Turquie, au moment où les frontières du
territoire de ce nouvel Etat-Nation ont été
fixées sans pour autant avoir été matérialisées
par un mur ou des barbelés. C'est la raison pour laquelle
les habitants du village évoqué dans le film
n'ont absolument pas réalisé que la frontière
les séparait les uns des autres.
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Le
film commence au moment où ces habitants sont condamnés
à découvrir cette amère réalité.
Cela se fera à l'occasion du retour au village d'un
des habitants, Mehdi, monté à Ankara pour une
éducation destinée à assumer sa promotion
sociale et revenant en tant que responsable douanier et garde
frontière. A son retour, il n'est plus un simple villageois,
mais le représentant et l'incarnation sur place de
l'Etat-Nation nouvellement constitué. Son sentiment
d'appartenance à l'Etat est plus fort que son identité
villageoise et locale. Or il ne peut y avoir d'Etat-Nation
aux frontières indéfinies et ouvert à
tout le monde, l'identité de l'Etat doit se définir
à travers ses frontières, c'est du moins ce
qu'on lui a appris. C'est pourquoi, la première tâche
de Mehdi sera de fixer le tracé de la frontière,
même si celle-ci passe au beau milieu du village. Le
film nous montre à quel point la notion de frontière
peut être artificielle et totalement absurde.
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| En
effet, désormais, Mehdi se trouve séparé
de son plus proche ami dont la fille est promise à son
propre fils. Appliquant les règles à la lettre,
Mehdi refuse le passage de la frontière à toute
personne dépourvue d'un passeport : les frontières
ne reconnaissent ni amour, ni amitié, ni les liens familiaux,
car elles sont supposées garantir l'existence des Etats-Nations
et leur intangibilité est considérée comme
supérieure à tout sentiment humain. |
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De
cela Mehdi est d'autant plus persuadé que son nom signifie
en turc "le sauveur", "le Messie". Il se persuade ainsi de la nécessité
de se consacrer à une fonction en parfait accord avec la
signification de son nom. Le voici donc plongé dans une démarche
qui a pour objet de provoquer crainte, respect et obéissance
à l'image de ce que l'on attend de tout nouvel Etat. Pour
Mehdi, l'Etat, et lui seul, peut être le protecteur de celui
à qui il accorde nationalité et citoyenneté.
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A
partir de là, le film représente avec humour
et ironie la manière dont les villageois sont éduqués
dans cette perspective. Tous sont invités à
manifester leur appartenance et fidélité à
l'Etat en assumant tous les symboles et attributs qui le fondent,
symboles et attributs qui leur étaient totalement étrangers
avant la formation de l'Etat. Le nouvel Etat forme ses propres
citoyens à l'exemple de ce qui a été
fait un peu partout, à commencer en Europe au moment
de la formation des Etats-Nations.
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Ainsi
Mehdi demande à son plus proche ami : "Que se passerait-il
s'il n'y avait pas l'Etat ?" Face à l'incrédulité
de celui-ci, Mehdi l'accusera de ne rien comprendre aux choses de
l'Etat qui, à ses yeux, constitue la valeur la plus importante.
Ces discussions et interrogations représentées dans
le film expriment en réalité, à leur manière,
le large débat sur la notion d'état qui a actuellement
cours en Turquie. Un débat sur des notions et concepts considérés
pendant très longtemps comme étant intangibles par
la majorité des gens.
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A
cet égard, le film représente et incarne les
tendances libérales actuellement à l'oeuvre
dans le pays.
C'est
ainsi que "Propaganda" va révéler à Mehdi
les conséquences désastreuses des règles
que l'Etat lui fait appliquer : "Je ne m'appartiens plus.
J'appartiens à l'Etat."
A
cet instant, il sera obligé de distinguer sa personnalité
et son individualité des principes rigides de l'Etat.
Mehdi sera amené à se révolter en transgressant
la loi. C'est sans passeport ni visa, mais par la force qu'il
traverse la frontière afin de réunir les siens.
Les habitants du village sont à nouveau réunis
mais de façon illégale. Les terres restent marquées
par cette frontière infranchissable sans passeport.
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A
un moment du film, le fils de Mehdi confie à son père
son désir d'aller s'installer dans le Colorado avec sa fiancée.
Son père lui rappelle que sans passeport, c'est impossible.
Un peu plus tard, la femme de l'ami de Mehdi danse en écoutant
de la musique américaine à la radio. Tout cela indique
que la mondialisation est déjà en route à l'époque
où se situe l'action du film (1948). L'Amérique en
tête, le monde occidental est en train de répandre
sa culture sur le monde entier, provoquant ainsi chez tous le désir
d'aller en Occident. Cependant cela suppose obligatoirement visa
et passeport, car si marchandises et culture peuvent circuler "librement",
cela est impossible pour les individus confrontés aux règles
de chaque Etat.
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Il
est bien sûr tout à fait possible d'expliquer rationellement
les obstacles à la circulation entre les frontières,
cependant, si l'on approfondit cette question, il semble difficile
d'ignorer qu'au fin fond de la notion de frontière, il
y a toujours une part d'arbitraire. Le film "Propaganda" parvient
précisément à exprimer avec ironie cette
part d'arbitraire là, comme pour délivrer le message
suivant "En dernière analyse, toute frontière
est arbitraire." |
Ce
message bien sûr ne s'adresse pas seulement aux Etats-Nations,
mais aussi bien à une Europe qui cherche à dépasser
ses propres frontières intérieures. Si l'Europe tente
de gommer ses frontières internes, et leurs contraintes,
elle se protège de tout ce qui lui est extérieur telle
une forteresse s'apprêtant à se défendre contre
toute menace d'invasion.
Désormais
l'Europe en tant qu'entité unifiée reprend les réflexes
de défense de l'Etat-Nation au point que l'on peut se demander
si ses frontières ne sont pas elles aussi, arbitraires .
Mustafa Kesret
(du
Cinéma Odysée à Strasbourg où Propaganda
a battu tous les records d'audience)
La
presse
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