A propos de "A la vie, A la mort"

de Robert GUEDIGUIAN

par Yvon DAVIS

 

Robert GUEDIGUIAN est l'homme des fidélités. Avec ce projet de sixième film "A la vie, A la mort", il ajoute un épisode de plus à sa grande saga de l'Estaque et des quartiers nord de Marseille.

Comme toujours, en "cinéaste de quartier", comme il se définit lui-même, chef d'une bande d'acteurs et de techniciens rodés à sa méthode, mais plus encore en observateur et poète des petites gens d'ici ou d'ailleurs, profondément atteints par la crise, les mutations, l'étiolement des valeurs et des idéaux populaires.

Dans cette chronique aux rebondissements multiples qui va de "Dernier été" (1980) à "L'argent fait le bonheur" (1993), en passant par "Rouge midi", "Ki lo sa ?" et "Dieu vomit les tièdes", Robert Guédiguian s'attache avec légèreté et humour à la comédie grinçante du changement. Le temps qui use - et parfois fauche - y tient le rôle principal. C'est dans sa lumière violente que se font et se défont les histoires de famille, d'amour, de mecs laminés ou rendus fous par le chomage, que le rêve se heurte à la réalité, bref que s'orchestre, pleinement, la cacophonie brutale de l'ancien et du nouveau.

Avec "A la vie, A la mort", la saga-feuilleton de Robert Guédiguian tient là, son plus beau fleuron. Le sujet est simple et métaphorique.

Quel avenir pour "Le Perroquet Bleu" - sorte de "cabaret de la dernière chance" des faubourgs de l'Estaque et pour ses habitués ? Sous le regard de l'aïeul qui radote ses souvenirs de la guerre d'Espagne, les deux couples qui y habitent et tentaient d'y survivre sont privés de progéniture.

C'est José, le patron-mécano, fou de bagnole et sa femme Josépha streap-teaseuse attitrée de l'établissement, sur le retour et d'autre part, Marie Sol qui, entre deux ménages, prie Notre Dame de la Garde avant de retrouver Patrick, son mari chômeur et taciturne.

Par delà les péripéties liées à la survie, aux intrigues amoureuses, à l'agitation des hommes et au courage des femmes, c'est bien l'avenir même de cette tribu dont il s'agit. Tout se passe comme si ce petit monde obsédé par sa descendance - à l'image du grand - basculait dans une quête identitaire sur un mode à la fois comique et pathétique.

"A la vie, A la mort" est encore une fois, dans la filmographie de Robert Guédiguian, une histoire de serment, de pacte, de risque pris en commun pour assurer la réussite d'un projet. La mort y est au rendez-vous. Comme dans les mythes anciens, sous l'effet d'une logique implacable, le sacrifice est le prix qu'il faut payer pour que se perpétue l'ordre des choses. C'est José qui vend sa bagnole-fétiche et Patrick qui "disparaît" pour que l'assurance sur la vie joue son rôle dans cette nativité des pauvres.

Tel est ici l'hommage rendu avec humour et grandeur, à la force des faibles qui est comme la vitalité du chiendent. S'y ajoute, chez Robert Guédiguian, une fidélité à soi-même qui est en fait une fidélité envers les autres, c'est à dire une manière de remplir son serment de cinéaste concerné.