Monika
TREUT
Le
cinéma
Après
quelques courts métrages et trois longs métrages
remarqués, Monika Treut s'est rapidement affirmée
comme l'une des figures les plus intéressantes du cinéma
indépendant allemand des années 80 et 90. D'aucuns
la situeraient dans le sillage direct de Fassbinder, d'autres
dans la mouvance du nouveau cinéma queer aux côtés
de Tom Kalin (Swoon) et Gregg Araki (The Living End et Nowhere).
Mais Queer (différente, hors normes), Monika Treut l'était
bien avant que le terme existe ou ne soit devenu à la
mode.
Dès
ses premiers films Treut a parlé des sexualités
marginales (le sadomasochisme, le transexualisme) remettant
en cause nombre de schémas sexuels générés
par une culture gay devenue normative. Elle a donné la
parole à des femmes politiquement incorrectes et fières
de l'être : qu'il s'agisse d'Annie Sprinkle, ex-actrice
de porno qui donne des performances, de Camille Paglia dans
tous ses états, commentant sa vie sexuelle -ratée-
et la situation politico-sexuelle mondiale (Female Misbehaviour)
ou d'Eva Norvind, dominatrice globe-trotter, sex star au Mexique
dans les années 60 qui décida de quitter la scène
SM New Yorkaise pour travailler avec Mère Térésa
(Didn't Do it for Love).
C'est
l'histoire de cette femme qui sera contée aux festivaliers
de la prochaine édition en février du festival
international du film de Berlin, où Didn't Do it for
Love sera projeté en avant première mondiale.
Mais Monika Treut sera déjà ailleurs à
travailler sur son prochain film coproduit par Arte : X-Y Files,
un documentaire sur les transcybergirls de San Francisco qui
s'injectent des doses massives de testostérone pour vivre
une aventure inédite dans un univers où masculin
et féminin n'ont plus court, l'univers du transgenre.
Biographie
Née
en 1954 à Monchenglabach, dans la banlieue de Düsseledorf,
Monika Treut a fait des études de littérature
et de philosophie. Sa thèse de doctorat fut consacrée
au rôle de la femme dans la Juliette de Sade et La Vénus
à la Fourrure de Léopold Von Sacher Masoch. En
84, elle monte avec Elfi Mikesch, une maison de production :
Hyena Films. L'année suivante Verfuhrung : Die Grausame
Frau (Seduction the Cruel Woman) présenté en compétition
à Berlin fait scandale. Elle réalise ensuite Die
Jungfrauen Maschine (Virgin Machine) et My Father is Coming
(qui sera distribué en France par Haut et Court).
Entre
temps, Treut a tourné quatre courts documentaires qui
seront regroupés sous le titre de Female Misbehaviour.
Elle travaille actuellement sur une adaptation de la nouvelle
de Robert Merle (Le Jour du Dauphin). L'histoire se déroule
dans un pays frappé d'un mal étrange affectant
plus particulièrement les hommes et leur capacité
de reproduction. Satire sociale sur la guerre des genres, The
Virility Factor sera le quatrième long-métrage
de Treut, avec Grace Jones dans le premier rôle.
Monika
Treut vit entre Hambourg et les Etats Unis. Quand elle ne filme
pas, elle est professeur invité dans les universités
américaines.