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LES
BELLES MANIERES
un film de Jean-Claude GUIGUET
avec Hélène Surgère, Emmanuel Lemoine, Martine Simonet, Hervé
Duhamel, Nicolas Silberg, Howard Vernon, Victor Garrivier
France - 1978 - couleur - 90min - vo française - 35 mm
un film de Jean-Claude Guiguet
Réalisation et scénario Jean-Claude Guiguet
Image Georges Strouve Son Jean-François Chevalier Montage
Paul Vecchiali et Franck Mathieu
Musique Berlioz, Mozart, Beethoven Production Diagonal
Quinzaine des Réalisateurs, Cannes 1978
95' 1992 COUL VF VHS 23 EUROS
DVD NTSC All Zones V.O. française sous-titrée
en anglais et allemand DVD 29 EUROS
BONUS : UNE NUIT ORDINAIRE court-métrage de
Jean-Claude GUIGUET, films annonces, interview, livret
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Camille, un jeune homme provincial
et prolétaire, devient employé de maison chez une femme
encore belle et séduisante, Hélène, bourgeoise aisée
et éclairée qui l¹embauche pour s¹occuper de son fils
reclus dans sa chambre depuis des années. Deux êtres,
deux mondes se rencontrent. Parmi les bibelots et les
fleurs, le rapport du jeune homme à cet univers clos,
étrange et étranger, tourne bientôt à la tragédie...
Les belles manières C¹est le premier long
métrage de Jean-Claude Guiguet qui fut critique de cinéma
et assistant de Paul Vecchiali. Le scénario dont les
situations ne sont jamais très dramatisées est aussi
simple que la mise en scène où plans moyens et plans
d¹ensemble inscrivent les personnages dans le décor
de leur vie quotidienne, pour les regarder vivre. Ces
personnages parlent un langage qui correspond, chez
chacun, au milieu d¹origine et à la position sociale,
à la bonne éducation ou au prolétariat. Cette simplicité,
cette exactitude créent, pourtant, une atmosphère étrange.
La relation de la bourgeoise bien élevée et de l¹ouvrier
est, d¹une certaine façon, un exemple de la lutte des
classes. Mais, si le conflit feutré -et qui finit très
mal- des Belles Manières naît de cette lutte, ses manifestations
apparentes ou suggérées dépendent bel et bien de la
nature, des sentiments, des pulsions individuelles d¹Hélène
et de Camille. La bourgeoise habillée par Nina Ricci,
joue constamment un rôle, cultive son narcissisme et
sa féminité charmeuse malgré l¹âge ; elle dévore, doucement,
le garçon mal dans sa peau, hanté par la misère et ses
déchéances, par le désir et la répulsion de la femme.
Camille n¹est pas intellectuellement armé pour comprendre
le jeu d¹Hélène et le rôle qu¹y tient Pierre, le fils
claustré. Ce film est fascinant par ses arrière-plans,
ses mystères, ses équivoques sexuelles («de bon ton»),
ses sinuosités souterraines. Hélène Surgère, actrice
révélée par Paul Vecchiali, et qui fit partie, également,
de l¹univers cinématographique d¹André Téchiné, incarne
la dangereuse perfidie du matriarcat, l¹égoïsme souverain
d¹une femme riche habituée à se montrer parfaite en
toutes circonstances pour masquer son déséquilibre intérieur.
Elle est sensationnelle.Pudique, sensible, écorché,
marqué d'ambiguïté et de détresse, Emmanuel Lemoine
(comédien non professionnel) est l¹excellent partenaire
de cette Antinéa bourgeoise qui en a fait sa victime
et dont on se dit qu¹elle garderait ses « belles manières»
même en assistant à une exécution capitale, ce qui est,
d¹ailleurs, un peu le cas.
Jacques SICLIER. in «Télérama» (juin 1982)
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FAUBOURG
ST MARTIN
un film de Jean-Claude GUIGUET
avec Françoise Fabian, Patachou, Marie-Christine Rousseau,
Ingrid Bourgoin, Stéphane Jobert, Emmanuel Lemoine
France
- 1986 - couleur - 90min - vo française - 35mm un film
de Jean-Claude Guiguet Réalisation, scénario
et dialogues
Jean-Claude Guiguet Image Alain Levent, Son Jean-François
Chevalier Montage Kadicha Bariha Musique Serge Tomassi
daprès Don Carlos de Verdi Production Paulo Branco,
Les Films Du Passage Semaine Internationale de la Critique,
Cannes 1986 Prix Georges Sadoul, 1986
95' 1992 COUL VF
VHS 23 EUROS
DVD NTSC All Zones V.O. française sous-titrée
en anglais et allemand, DVD
29 EUROS
BONUS : LA VISITEUSE court-métrage de Jean Claude
GUIGUET, interview, films annonces, livret
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Imaginez un hôtel trois étoiles du Xème arrondissement
tenu par une dame très distinguée ayant du panache et...
du caractère, Mme Coppercage (Patachou). Cette dame
accueille parmi des touristes fortunés de passage à
Paris, trois femmes auxquelles elle loue trois chambres
au mois. Marquées par la vie, chacune à sa façon, ces
trois femmes vivent comme elles peuvent, sans fermer
les yeux sur ce que le monde et surtout les hommes attendent
d¹elles.
Faubourg Saint Martin ça débute comme une histoire
d¹amour et ça finit comme une chanson. Clichés et refrains
ponctuent le joli mélodrame feutré que vient de réaliser,
après sept ans de chômage forcé, l¹un des plus doués
des jeunes cinéastes français, Jean-Claude Guiguet.
Son premier film, Les Belles Manières, avait déjà planté
le décor (l¹amour peut-il traverser les barrières sociales?).
Faubourg Saint-Martin fait plus : il réinvente cette
frénésie de bonheur, de chansons susurrées entre amants
magnifiques, toute cette toile de fond sentimentale
et populaire qui faisait le charme des films français
d¹après-guerre. Alors, c¹est rétro ? Populiste ? Vecchialien
et «Diagonale» en diable ? Encore une de ces histoires
nostalgiques des dernières séances d'antan, qui sentent
le renfermé ? Pas du tout. Faubourg Saint-Martin réussit
à éviter les pièges du second degré, de l¹hommage respectueux
aux stars du passé (et aux personnes âgées) avec une
innocence et une légèreté qui le placent d¹emblée hors
du temps. Hors du temps et de la géographie : dans un
hôtel presque insituable entre le Canal et la porte
Saint-Martin, quelques êtres de passage vivent des passions
brèves et s¹expliquent. Ils parlent entre eux et, surtout,
ils lui parlent, à elle. Elle, c¹est Patachou. Une Patachou
complètement inattendue dans un rôle impossible de tenancière
d¹hôtel. à la fois maman, confidente, patronne de bordel,
maîtresse zen et cartomancienne, elle a une assurance
qu¹on n¹avait pas vu au cinéma, depuis, disons, celle
d¹Anne Bancroft dans le dernier film de John Ford, Frontière
Chinoise. Elle lance deux phrases sèches de sa voix
rauque et aussitôt le monde s¹écroule et un autre se
profile. Comme le fantôme des chansons sentimentales
qu¹elle chantait et que Guiguet a eu l¹intelligence
de laisser en réserve, quelque part à l¹arrière plan
de son film. Patachou ne murmurera aucune musique aucun
refrain ne fera remuer ses lèvres et pourtant pris dans
l¹épaisseur mythique des histoires que le film brasse
à la vitesse d¹un Fassbinder cocaïné à l¹oxygène pur,
cet univers est bel et bien là. Un anglais aristo-snob
se plaint à tout bout de champ (c¹est Howard Vernon),
une passante radote (Paulette Bouvet). Un vieux monsieur
aide une jeune fille meurtrie. Mais surtout, leur vie
sous la protection officieuse d¹une quatrième au nom
improbable Coppercage (Coppercage, c¹est bien-sûr Patachou).
Dans son hôtel, elle héberge, au mois, la marquise (Françoise
Fabian) qui fait des passes avec élégance, peut-être
pour nourrir son fils de dix ans, peut-être par ennui.
Suzanne, une apprentie chanteuse à la voix acide (Ingrid
Bourgoin, plus Arletty que jamais) et enfin Marie (Marie-christine
Rousseau), en train de découvrir, au moment où le film
commence, que l¹amour est une chose merveilleuse qui
vous emmène au moins au septième ciel mais peut aussi,
si l¹on n¹y fait pas gaffe, vous faire redescendre (sur
terre) vite fait. L¹amour de sa vie est un beau garçon
grassouillet (Stéphane Jobert), qui sait parler aux
femmes comme Gabin du temps de sa jeunesse. Il y a évidemment
du drame dans l¹air mais nous n¹en dirons rien. On pense
évidemment à Simone Barbès. Faubourg Saint Martin, aussi,
se construit autour d¹une triple intrigue faite des
amours de ces trois femmes différentes, l¹une avec son
Roméo, l¹autre avec un amant de passage ou avec son
jeune fils, la troisième avec personne (le discret personnage
d¹homme à tout faire joué par Emmanuel Lemoine lui avoue
son amour trop tard, quand le film est déjà fini). Plus
une myriade de mini-événements émouvants, musiqués classique
ou populo : un accordéon lyrique sait parfaitement,
faire chanter à l¹improviste les images, la chanson
n¹arrivant que par un tour de force de dernière minute
: c¹est le repas de mariage des deux amants et Fabian
se met soudain, avec une douceur terrible, à chanter
: «Ah ! je suis bien votre pareil, ah ! je suis bien
pareille à vous». La délicatesse mélodique est telle
que les paroles d¹Aragon s¹effacent pour faire place
à la joliesse insensée de la musique de Ferrat. Ces
paroles d¹Aragon sont pourtant l¹âme du film : dans
la plus belle scène où Patachou rencontre pour la première
fois le jeune amant de Marie, elle lui glisse dans un
souffle qu¹ils se ressemblent tous les deux («On serait
même plutôt de la même famille») avant de le congédier
d¹un «Va ! Reviens demain» qui ne peut s¹adresser qu¹à
un fils, un semblable ou un double. C¹est parce qu¹il
a su faire passer ce souffle d¹inceste tendre et de
poésie que Guiguet, avec quatre sous, a réussi le plus
beau film qu¹on ait vu à Cannes depuis longtemps.
Louis SKORECKI. in «Libération» (mai 1986)
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LE
MIRAGE
un film de Jean-Claude GUIGUET
avec Louise Marleau, Fabienne Babe, Marco Hofschneider,
Véronique Silver, Christopher Scarbeck
France - 1992 - couleur - 95min - vo française - 35mm
un film de Jean-Claude Guiguet
Scénario, dialogues et mise en scène Jean-Claude
Guiguet
d'après la nouvelle de Thomas Mann Die Betrogene
Image Alain Levent, Son Yvon Benoit
Montage Jacques Gagne, Costumes Monic Parelle, Décors
Gérard Estero,
Production Henry Lange pour Molécule SA (Paris), Richard
Sadler pour Les Films Stock Int.Inc.
(Montréal), Arthur Brauner pour CCC Filmkunst Gmbh
(Berlin), Raphaél Blanc pour Artemis SA (Genève)
95' 1992 COUL VF
VHS 23 EUROS
DVD NTSC All Zones V.O. française sous-titrée
en anglais et allemand DVD
29 EUROS
BONUS : LA STEPPE court-métrage de Emmanuel
PARREAUD,
interview, un débat public, films annonces, livret
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L¹histoire commence le jour de
l¹anniversaire de Mme Tümmler sur les rives du lac
Leman, au coeur de cette nature qui a toujours apporté
à celle que l¹on fête aujourd¹hui, un secret afflux
de santé et l¹ardeur de vivre. Née au printemps, fille
du mois de mai, les années n¹ont pas altéré l¹éclat
et le rayonnement de sa beauté. Quant à sa joie de
vivre, il semble que la présence intermittente de
Ken Keaton, jeune américain, professeur de son fils
Edouard, y soit pour quelque chose. Anna, sa fille
et confidente de toujours a deviné ce secret qui n¹en
est déjà plus un dans les grands yeux émerveillés
de sa mère, prête à vivre jusqu¹au bout ce miracle
du désir amoureux ressuscité.
A partir d¹un thème d¹une tragique simplicité
(c¹est le printemps et il fait beau; une femme d¹une
cinquantaine d¹années aspire à vivre une dernière
passion charnelle ; mais si la nature est belle, elle
est également cruelle), Jean-Claude Guiguet a pris
le risque maximum : celui de la perfection formelle.
Aussi loin de l¹effet clip-pub que du réalisme crachotant,
très loin également de l¹expérimental arbitraire :
il n¹y a dans ce film d¹autre recherche que celle
de la beauté pure. Le découpage en séquences, classique,
épuré, d¹une tendre audace, trouve son exacte correspondance
dans l¹impeccable géométrie des cadrages. Tout cela
est précis, sobre, architecturé comme les facettes
d¹un diamant : une oeuvre rare. Il est rare aussi
de voir un film où la lumière s¹accorde à la tonalité
émotionnelle des scènes avec tant d¹intelligence.
L¹éclairage et la décoration des scènes d¹intérieur
sont d¹une justesse profonde, d¹un tact infini ; ils
restent à l¹arrière-plan, comme un accompagnement
orchestral discret et dense. Ce n¹est que dans les
scènes d¹extérieur, dans ces prairies ensoleillées
qui bordent le lac, que la lumière fait irruption,
vient jouer un rôle central ; et cela aussi est parfaitement
conforme au propos du film. Luminosité charnelle et
terrible des visages. Masque chatoyant de la nature,
qui dissimule on le sait bien un grouillement sordide,
masque impossible à arracher cependant . Jamais, soit
dit en passant, l¹esprit de Thomas Mann n¹a été saisi
avec une telle profondeur. Nous n¹avons rien de bon
à attendre du soleil ; mais les êtres humains peuvent
peut-être, dans une certaine mesure, arriver à s¹aimer.
Je ne me souviens pas d¹avoir entendu une mère dire
«Je t¹aime» à sa fille de manière aussi convaincante
; dans aucun film, jamais. Avec violence, avec nostalgie,
presque avec douleur, Le Mirage se veut un film cultivé,
un film européen ; et bizarrement il y parvient, joignant
une profondeur, un sens de la fissure authentiquement
germanique à une luminosité, une clarté classique
de l¹exposition profondément française. Un film rare,
vraiment.
Michel Houellebecq in «Les Lettres Françaises» (1992)
le choix du court métrage d¹Emmanuel Parreaud Ce court
métrage m¹a aidé à comprendre le mouvement silencieux
et secret à l¹oeuvre au-delà des apparences. Le seul
paysage qui importe ici est autant en profondeur qu¹en
surface. C¹est exactement l¹enjeu du Mirage et son
rapport à la réalité vivante, radieuse du monde.(J-C.
Guiguet)
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LES
PASSAGERS
un film de Jean-Claude GUIGUET
avec Fabienne Babe, Philippe Garziano, Bruno Putzulu,
Stéphane Rideau, Gwenaelle Simon, Jean-Christophe Bouvet
France - 1999 - couleur - 93min - vo française - 35mm
un film de Jean-Claude Guiguet
Scénario, dialogues et mise en scéne Jean-Claude
Guiguet
Collaboration au scénario Haydée Caillot
Image Philippe Bottiglione, Son Jean-François Chevalier,
Montage Khadicha Bariha, Costumes Monic Parelle, Décors
Laurent Gantes
Production Frédéric Bourboulon et Agnés
Le Pont pour Little Bear
Christian Tison pour Lancelot Films
95' 1992 COUL VF
VHS 23 EUROS
DVD NTSC All Zones V.O. française et italienne, sous-titrée
en anglais et allemand DVD
29 EUROS
BONUS : NUIT/AMANT et TYPHONS sur les Empyreumes
cms de Haydée CAILLOT, interview, films annonces,
livret
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Le nouveau tramway qui dessert la
banlieue nord de la capitale, accueille et dépose
ses voyageurs dans la traversée trop brève
de leur destinée. Parmi eux, une femme, spectatrice
et guide, expose, commente, réfléchit,
relance les préoccupations des uns et des autres
: ils ne sont là provisoirement que pour courir
à leur destin. Chaque personnage, en fin, tire
la leçon des innombrables méfaits qui
empoisonnent la vie, prenant à coeur de tenir
son rôle, éclairant comme il peut son bout
dexistence : à chacun son registre pour
vivre ou pour mourir.
Un tramway flambant neuf traverse une ville ou plutôt
la ville, en soi, puisque son décor de banlieue
sans borne nest pas situé. Cette indétermination
est révélatrice dun film qui emprunte
à la fable sa forme et sa force. Forme du poème
qui prend les chemins de traverse, force de lallégorie
qui confère au particulier la dimension morale
de luniversel. De quoi sagit-il ? Dun
pari poétique : le cinéaste ne déroule
pas le fil dune histoire ordonnée, il accompagne
ses passagers passant de lun à lautre,
dévoilant des bribes de vie qui se croisent ou
signorent, cest selon. Cela donne au film
lallure dune pièce de forme libre,
chaque scène surgissant comme une strophe autonome
à la versification renouvelée. A linverse
des films ordinaires, ce nest donc plus le roman
qui sert de modèle implicite mais bien le poème
; même le recueil de nouvelles ne suffirait à
rendre compte de loriginalité dune
telle oeuvre. La rhapsodie donne le sentiment juste
dun film qui avance à coups démotion,
musicale : le voyage des passagers est scandé
par des chants, autant détapes initiatiques
vers une révélation finale donnée
par un coeur parlé : en bout de course, une scène
doratorio digne du sublime Remorques (Grémillon
est la véritable référence du cinéma
de Jean-Claude Guiguet) réalise la morale saisissante
de cette fable contemporaine. Auparavant, une chanson
dite par la grande Patachou, une leçon de ténèbres
de Couperin puis une cantate de Bach, enfin des vers
de Baudelaire psalmodiés par Léo Ferré
auront dirigé le spectateur vers le centre dun
film grave et léger, où résonne
enfin la neuvième de Beethoven. Lémotion
ainsi tressée est le terreau dune méditation
sur les bonheurs et les misères dun monde
qui est en définitive le nôtre. Les Passagers
bouleversent car son spectateur sen découvre
intime partie prenante. Guiguet a une façon bien
à lui dinstaller son public au coeur de
sa création; sans jamais recourir aux procédés
faciles du cinéma standard, il dispose dune
série de signes discrets qui conduisent fatalement
leur témoin à une prise de conscience
à la fois douloureuse et exaltante. Ce cinéma
exigeant, hautement classique, na quun seul
motif : lexploration inlassable des confins de
la vie et de la mort ; cette essentielle zone dinvisible
qui, à elle-seule, suscite lunique cinéma
qui vaille, celui qui aide à vivre. Un art nexiste
vraiment que par ses frontières : seule importe
la lutte aux franges, aux limites, aux marges. Il revient
au cinéma, art de la vision et de laudition
de se risquer sur les terra incognita de linvisible
et de linouï. Si Jean Grémillon, Max
Öphuls, Jacques Tourneur et Carl Dreyer importent
aux vrais cinéphiles, cest quils
montrent la voie en ce domaine. Tout cinéaste,
à son humble niveau refait lexpérience
de ces maîtres ; Guiguet place «caméra
et magnétophone», comme dit Bresson, en
pays des ombres : cest un voyage aux Enfers que
décrit Les Passagers. Le tramway longe périodiquement
le cimetière puisque tel est le terme du périple
existentiel. La lumière du film, qui baigne des
personnages flottants, nest si poignante que parce
quelle sorigine de la ténèbre
première et dernière ; la seule beauté
émouvante est celle, éphémère,
qui se sait prise dans le temps . Cest à
un fantastique feutré, immiscé dans le
quotidien, que convie ce film à part. On le devine
dans le traitement des couleurs (le rouge, privilégié
par sa rareté même) ainsi que dans le ton
des dialogues assez écrits pour que leur diction
se colore, là encore dune teinte musicale
; art composé du Lied, où de la mélodie
française. Il est certain quune fable doit
être dite ; celle de la Fontaine (le loup et le
chien) procure lun des moments les plus tendres
et cocasses, quand une autre, extraite des souvenirs
entomologiques de Fabre, suggère le tragique
dune Nature dont Guiguet a peint dans Le Mirage
la puissance terrible. Il suffit dun rien pour
indiquer la présence de labîme ;
dans Les Passagers, la parole se fait acte : par volonté
de synthèse et dépure, la mise ne
scène dépouille les images et les sons,
désormais écrins dune parole essentielle,
dune parabole.
Une fable ne se dispose pas au hasard : peu à
peu, on comprend que l apparent désordre
des scènes cache un propos dune logique
inéluctable. Il faut entendre les prolongements
métaphysiques dun tel geste. Si les essais
précédents de Guiguet (jusquà
Une Nuit ordinaire, ce prélude glacial aux Passagers)
menaient à une forme de compassion, le nouveau
film saventure sur un terrain peu fréquenté
: celui de la sainteté. Lintérêt
du cinéaste pour Madame Guyon rejoint dans Les
Passagers son goût pour un certain cinéma
italien de Pasolini à Rossellini. Cette foi en
lHomme, poussée à cette conséquence
ultime, illumine un film qui ne sépargne
aucun des tourments du siècle afin denvisager
avec sérénité le millénaire
qui point.
Philippe Roger in Etudes juin 1999
Le choix des courts métrages de Haydée
Caillot.
Je voulais tenter avec Les Passagers une brève
incursion du côté du burlesque à
létat pur. Mais je nai pas de grandes
compétences en la matière. Jai demandé
à Haydée Caillot décrire
pour moi lépisode du «Pied absolu»
car elle possède le don unique la sophistication
la plus folle et la plus exacte. Jugez vous-même.(J-C.
Guiguet)
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JEAN-CLAUDE GUIGUET
Jean-Claude Guiguet fut d¹abord critique de Cinéma (la Revue
du Cinéma, la Nouvelle Revue Française, Etudes) avant de passer
à la réalisation, d¹abord comme assistant de Paul Vecchiali,
puis décorateur et costumier sur le premier film de Jean-Claude
Biette : Le Théâtre des matières en 1977.
L¹originalité de son oeuvre lui a valu un hommage au festival
de la Rochelle en 1997. Il est aussi l¹auteur d¹un recueil
de critiques Lueur secrète édité chez Aléas.
Filmographie
1978 Les belles Manières Quinzaine des réalisateurs Cannes
1978
1983 Archipel des amours 9 nouvelles cinématographiques 5ème
épisode La Visiteuse
1986 Faubourg Saint-martin Semaine Internationale de la Critique
à Cannes en 1986 Prix Georges Sadoul
1992 Le Mirage Prix de la CICAE 1996 L¹@mour est à réinventer
épisode Une Nuit ordinaire
1999 Les Passagers Sélection Officielle Cannes 1999 Un certain
Regard
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